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samedi 13 juillet 2013

Un film bling bling

Sorti le12-06-13
De Sofia Coppola
Avec Emma Watson, Katie Chang, Israel Broussard
Genre: Drame, Faits divers
Américain










Le nouveau film de Sofia Coppola est très divertissant et en jette. Après Virgin Suicides et Marie-Antoinette, la réalisatrice s'attaque de nouveau à mettre en scène de jeunes adolescentes perturbées mais dynamiques. Dans The bling ring, surnom donné au groupe de protagonistes, des lycéennes et un jeune garçon se mettent à voler dans les villas les plus prestigieuses des grandes célébrités people et cinéma sur la côté Ouest des Etats-Unis. Paris Hilton, Lindsay Lohan... tout le gratin californien est mentionné. Ils apparaissent d'ailleurs comme peu prudents: leurs maisons s'ouvrent aussi facilement que des portes sur lesquelles on aurait laissé toutes les clés.

Bande Annonce VOST

Le sujet du film apparaît de prime abord comme un fait divers (l'histoire provient de faits réels qui ont eu lieu en 2009) peu intéressant et sans doute bien trop maigre pour en faire un long-métrage. A la limite un court... Pourtant, la réussite de Coppola c'est justement cela: de savoir exploiter un fait et d'en tirer un maximum d'images et de ressentis. Le générique explose les yeux: lettres flashis jaunes et rose fluo, articles de luxe et de mode. Ceux-ci apparaissent d'ailleurs tout du long : on est noyé autant que les voleurs de stars dans les talons aiguilles, les bijoux en or et argent, les diamants, les robes de grands couturiers, des sacs de marques renommées qui font leurs nombreux placements de produits et autres articles de luxe à vous en faire tourner la tête. Peut-être le sujet était-il d'ailleurs vraiment trop mince: parfois le sentiment de répétition peut s'installer... Mais Coppola essaye de diversifier habilement les angles de prises de vues ou les manières de filmer (images caméra vidéo notamment, intérieur/extérieur, etc.)


En effet, les jeunes ados sont en proie au phénomène de fashion victim. Ils idolâtrent l'apparence et les stars ou plutôt ce qu'elles portent. Le look a d'ailleurs tellement d'importance à leurs yeux que c'est par les objets et les marques qu'ils brillent. Ils veulent se démarquer en prouvant leurs possibilité et surtout leur courage, leur frivolité et leur audace. "On a peur de rien, on se sent libres (plus qu'on ne l'est d'ailleurs) et on veut le montrer à la terre entière". Du coup, ils se vantent auprès de leurs amis en soirée de leurs méfaits et n'hésitent pas à carrément vendre leurs articles volés pour mener la belle vie de luxe dont ils rêvent. En boîte, ils exhibent leurs corps puisqu'ils n'ont rien d'autre à montrer de toute façon. C'est en effet leur bêtise de répéter à tout le monde leurs pillages qui les trahira en justice. Je note donc un défaut de la part du film: il aurait été intéressant d'approfondir la cause de ces vols, de se pencher sur les raisons qui ont poussé ces jeunes à commettre ces crimes au lieu de trop s'appuyer sur l'aspect superficiel des choses. Ces jeunes bourgeois n'étaient-ils vraiment que dans l'ennui? Le manque d'encadrement et d'éthique total? l'envie de reconnaissance? La fascination de ces célébrités mystifiées auprès des jeunes facilement influençables? Autant de questions sociales restées sans réponses. 


Cinématographiquement, Sofia Coppola est par contre au rendez-vous. Les plans saccadés et rapides donnent une pêche d'enfer! Ils s'alternent cependant à des plans légèrement plus longs où l'image ralentie et le dialogue silencieux prennent leur sens. Comme un spectateur le dit à la sortie des salles, "jamais le slow motion n'a été mieux maîtrisé". Mais ce n'est en fait pas très surprenant quand on sait que la réalisatrice réussit à ne pas nous ennuyer devant un film aussi spécial et lent que Lost in translation. Au contraire de l'ennui, elle nous emporte dans un univers particulier en nous en montrant toutes les facettes particulières. La musique est claquante et parfaitement en rythme et en accord avec les images, elle est aussi "jeun's". Aucune déception, Coppola nous conforte même dans l'idée qu'elle maîtrise absolument non seulement son sujet mais aussi sa technique.

Emma Watson

Un petit mot sur le casting: les parents sont juste parfaits dans leur bêtise et leur incrédulité face à des événements qu'ils ne maîtrisent pas du tout puisqu'ils n'ont jamais cherché à les connaître. Emma Watson quant à elle passe pour une parfaite américaine et se détache de son image de fille sage anglaise et intellectuelle qui lui collait à la peau depuis Harry Potter. Les autres adolescents ont le mérite de ne pas surjouer leurs personnages et d'être pile poil dans un rôle qui aurait pu être le leur. En effet, facile de s'identifier si on a entre 15 et 18 ans. Et sinon, on se demande "mais où sont les parents?!". Ils ne sont jamais à la maison, en revanche, quand la police débarque à la porte de chaque maison, ils sont tous présents pour accueillir les mauvaises nouvelles. 


A la fin du film, on ne peut s'empêcher d'avoir une petite réflexion par rapport au jugement dont font preuve les jeunes. Certains écopent de prison ferme, et tous doivent payer des amendes exorbitantes. Est-ce que ça valait vraiment le coup? Détruire sa jeunesse pour ça... c'est quand même dommage. D'un autre côté, est-ce que les juges ont été trop durs? Après tout, une rolex en plus ou une rolex en moins dans la boîte d'Orlando Bloom, qu'est-ce ça change pour ces millionnaires? Mais en réalité, c'est un jugement moral et éthique qui est porté: "le vol c'est mal, que l'on vole un mendiant ou que l'on vole une personne fortunée". C'est surtout le viol de l'intimité qui est condamné et condamnable. 

Sofia Coppola n'a pas perdu la main et est pleine forme. Elle nous divertit et sait nous montrer un événement du début à la fin avec dynamisme et quelques temps plus posés de réflexion. Un bon moment à passer devant votre écran, même si vous n'êtes pas fanas de mode. 

Alors, tous à vos écrans! 

samedi 15 juin 2013

Gatsby le décevant



Sorti le 15-05-13
(Livre de Fitzgerald paru en 1925)
De Baz Luhrmann
Avec Leonardo Dicaprio, Tobey Maquire, Carrey Mulligan
Genre: Drame, Romance
Australien, Américain









 


Accueilli en grandes pompes à la grande soirée d’ouverture du Festival de Cannes édition 2013, Gatsby Le Magnifique se prévalait d’être ou semblait être le film génial de l’année, la grande révélation, le grand retour aussi de Baz Luhrmann qui était devenu célèbre grâce à son exploit dans Roméo+Juliette puis dans Moulin Rouge mais qui depuis était plutôt discret voire avait frôlé l’échec total avec Australia. 



J’en attendais donc beaucoup de ce Great Gatsby, peut-être trop. Du coup, Gatsby le Magnifique est un peu devenu Gatsby le décevant. Une déception que j’ai toutefois du mal à expliquer. J’éprouve bizarrement une certaine difficulté à mettre le doigt sur ce qui ne va pas dans le film. J’avais beaucoup aimé la folie extravagante de Roméo+Juliette et de Moulin Rouge, les musiques créaient un univers imparable et absolument génial, unique. Luhrmann savait y faire avec les histoires d’amour épiques et romanesques.


Bande annonce VOST 

Pourtant dans Gatsby le Magnifique, on a l’impression finalement qu’il a loupé le coche derrière sa caméra. Commençons par la 3D, sur laquelle je serai très rapide car son insignifiance ne mérite vraiment qu’une phrase. Ah voilà je l’ai déjà dit, elle ne sert strictement à rien, malheureusement comme trop souvent. On veut nous faire croire que les flocons de neige et les glissés sur le lac vers les énormes demeures et manoirs méritent la 3D alors qu’elle n’est justifiée que par un appât du gain évident au détriment de l’attrait de l’esthétique. Ensuite, on dirait que le réalisateur australien se force : il se contraint à en faire des tonnes pour nous impressionner, pour nous en mettre plein la vue pour finalement pas grand-chose de substantiel. 



Le film a cependant le mérite de m’avoir donné envie de lire l’œuvre de Fitzgerald. La narration de Tobey Maquire semblait reprendre l’écriture du roman et sa beauté littéraire m’a attirée. La description des personnages et de leur complexité intérieure doit être bien mieux décrite et de ce fait mieux appréhendée dans l’œuvre écrite. Il est évident qu’il s’agit d’une histoire psychologique et sociale qui va bien au-delà des fastes superficiels sur lesquels Luhrmann s’est concentré en apparence au lieu de creuser l’âme des personnages qu'il n'évoque brièvement que dans quelques flashbacks ou quelques regards soi-disants mystérieux. 



Ce qui sauve le film, c’est bien sûr le jeu impeccable et imparable d’acteurs de talent. Dicaprio est excellent, autant que ses acolytes qui s'imprègnent de l'atmosphère ambiante pour jouer le jeu et mettre sur le tapis toutes leurs cartes. Les effets visuels  remontent aussi le niveau du film car ils laissent pantois. Yeux ébahis et bouche ouverte, les feux d'artifice nous remplissent d'étoiles et les litres de champagne nous rendent saoûls, ivres de ce trop plein. Un bon point à la reconstitution vestimentaire et styslistique: chaque costume, chaque robe, chaque décor est soigneusement peaufiné et cela donne un résultat tout à fait satisfaisant.


 

La bande originale me laisse perplexe. Le mélange entre jazz et musique des années 1920 avec des mash up contemporains de Beyoncé et Jay-Z est à la fois bizarre, stupéfiant et intéressant. Lana del Rey quant à elle ne me convainc pas vraiment. Seuls The XX reste un choix de qualité à mes yeux pour leur atmosphère tout aussi décalée et vibrante que la vie de Gatsby. C’est un choix osé, qui s’assume, qui se marie avec l’atmosphère générale du film audacieux  mais qui ne m’empêche pas de me sentir gênée. Gênée parce que d’autres musiques auraient peut-être été davantage adaptées, auraient moins fait tâche. On a l’impression que le réalisateur a hésité entre un remake moderne du roman et une version traditionnelle reprenant l’époque à proprement dite des années 1920 et de la prohibition de l'alcool qui coulait pourtant à flot. S'il avait choisi l'un ou l'autre, c'eut été avec plaisir que j'aurais découvert une remasterisation complètement moderne ou une édition purement conservatrice des origines. Il est vrai que choisir seulement un style eut été peut-être trop plat, peu risqué, peu motivant. Mais le mélange était-il la meilleure des solutions dans notre cas? En ressort une sorte de mixture pâteuse qui laisse un goût sucré-salé, amer et doux en même temps et âpre dans la bouche. 



Même si Gatsby Le Magnifique n’est pas le film - magnifique - de l’année comme d’aucuns ont pu le laisser entendre, cela reste un bon film à voir pour se divertir et se faire soi-même une idée. Ne vous inquiétez pas, les deux heures quarante cinq ne sont longuettes qu’à certaines scènes, pas à toutes heureusement et dans l’ensemble la pellicule reste assez dynamique. 

Alors, tous à vos écrans !

mardi 12 février 2013

Lincoln/Django Unchained



Lincoln                                                                                     Django unchained
Sorti le 30 janvier 2013                                                              Sorti le 16 janvier 2013
De Steven Spielberg                                                                  De Quentin Tarantino
Avec Daniel Day-Lewis, Tommy Lee Jones                                 Avec Jamie Foxx, Leonardo DiCaprio 
Genre: biopic, drame                                                                Genre: western, historique
Américain                                                                                 Américain


Les américains ont décidé de se replonger dans l'une des époques les plus sombres de leur histoire nationale, celle de l'esclavage et de la guerre de Sécession, à travers deux films sortis à peu près à la même période: Lincoln de Steven Spielberg et Django unchained de Quentin Tarantino. Autant dire deux grands réalisateurs qui ont déjà fait leurs preuves il y a bien longtemps.

Deux films très différents et donc incomparables mais qui pourtant se rejoignent sur leur thème de fond. Spielberg traite davantage de la personnalité du président Lincoln et du processus menant à l'amendement abolissant l'esclavage alors que Tarantino s'attèle à montrer les affres de l'esclavage deux années avant que n'éclate la guerre de Sécession, guerre américaine la plus meurtrière.

J'ai bien aimé Lincoln mais sans plus alors que j'ai adoré Django unchained qui était selon moi vraiment génial. Let's see why.

Lincoln



Spielberg est un bon réalisateur, pas de doutes là dessus, les films il sait les faire et il les fait bien. Pourtant, pourrait-on dire qu'il s'essouffle avec l'âge? La bande annonce de Lincoln nous promettait un film magnifique sur l'une des plus belles causes pour lesquelles on ait pu combattre avec moults péripéties et aventures. Cependant, à force de vouloir marquer les esprits et l'histoire et d'être trop épique, le film en devient trop mélodramatique. Chaque dialogue se transforme en un discours solennel emprunt de belles phrases et citations stylisées soignées par les scénaristes à chaque mot et à chaque virgule prêt. Chaque dialogue est une petite histoire dans la grande Histoire. Chaque phrase prononcée est un apprentissage, véhicule d'une morale. Tout cela est nimbé dans un nuage oppressant et sur représenté de violons lyriques et de musiques épico-classiques censées vous tirer des larmes d'émotion. Sauf que cela produit tout le contraire: ennui et agacement. 


Certes, les historiettes de Lincoln sont divertissantes et amusantes mais trop nombreuses. Il semble que Spielberg ait voulu mettre tous les détails historiques qu'il a pu rassembler et finalement cela crée une histoire décousue, mal montée, pleine d'éléments qui restent inexpliquées et trop fournie. La confusion devient reine et l'incompréhension totale devient maîtresse.

Je soulignerai cependant la remarquable prestation des acteurs aussi bien de Daniel Day-Lewis que de Tommy Lee Jones et de tous les autres. Ils nous plongent vraiment dans le contexte et leurs manières de penser de l'époque. Il est aussi intéressant de se rendre compte que l'amendement abolissant l'esclavage n'a pas été complètement voté sur des valeurs anti-esclavagistes et d'égalité de l'être humain mais bien sur des affaires de corruption pour obtenir le nombre nécessaire de voix. Lincoln se défend à un moment en disant qu'il ne s'agit pas de corruption car on ne donne pas d'argent mais un poste, un emploi. Belle parade pour contourner ce qui peut être appelé de corruption. Vous me direz que finalement ce qui compte c'est que l'amendement soit passé et pas comment il est passé mais je vous rétorquerai qu'il est important de voir sous la première histoire apparente les causes et les ressorts d'une telle conséquence qu'est l'abolition de l'esclavage. Les Etats-Unis qui s'enorgueillissent toujours d'etre l'une des premières nations à l'origine de la démocratie et de l'égalité peuvent bien recevoir ce film de Spielberg comme une leçon d'humilité face à la corruption, à la manipulation et au mensonge qui mènent la politique américaine. De plus, malgré le fait que le spectateur averti sache déjà l'issue positive du vote de l'amendement, Spielberg a tout de même réussi à maintenir un certain suspens et une excitation au moment du vote du treizième amendement. On se demande qui va voter pour ou contre, qui va changer d'avis, on se demande si les commissaires venant du Sud pour conclure la paix vont être découverts et tout mettre en péril. On se rend compte dès lors que cette abolition historique n'a tenu qu'à un fil et que le soulagement qui a suivi était bien mérité. 



Mis à part ces trois bons points, le film se révèle longuet et présente peu de relief. Il est clair que Lincoln incarne un personnage fort et très présent, qui sait mettre son public à l'écoute mais il est acclamé et adulé alors même que le combat idéologique s'essouffle derrière l'acharnement pour obtenir quelques voix de plus nécessaires. Cependant, il est beau de constater la lutte acharnée de Thaddeus Stevens interprété par Tommy Lee Jones pour l'égalité raciale entre les noirs et les blancs. Il a du toutefois se plier à avancer seulement un discours d'égalité devant la loi et non pas d'égalité raciale pour que l'amendement puisse être accepté par les mentalités pas encore aussi avancées que la sienne. Ce qui est incroyable c'est que le changement ait du se faire dans la crise et la guerre au prix de milliers de morts pour que les noirs puissent enfin obtenir leur liberté. Ce qui est encore plus incroyable c'est que malgré cette reconnaissance de leur liberté, il leur faudra encore un siècle pour que la ségrégation disparaisse et que les mentalités évoluent vraiment. On constate d'ailleurs que la dignité et l'égalité sont premières et deviennent la cause, la condition pré-requise pour obtenir la liberté.

Django

 Bande annonce VOST

En ce qui concerne Django unchained en revanche, Tarantino réussit un coup de maître à savoir rester fidèle à lui-même en ne succombant pas aux difficultés de réussir à nouveau un film après avoir reçu une palme d’or à Cannes en 1994 pour Pulp fiction et après en avoir convaincu plus d’un. Les attentes étaient importantes et n’ont pas été déçues. Django se démarque par sa bande originale absolument prolifique, variée, bien adaptée et géniale mais aussi pour sa photographie et son scénario impeccable.
Il est vrai que le film ressemble beaucoup à Inglorious Basterds : reprendre une époque controversée et horrible de l’histoire et en faire un film cinglant d’humour et de dérision. Tarantino a trouvé un bon filon et le réexploite. Cependant, cette fois-ci et au contraire d’Inglorious Basterds il ne change aucunement la réalité. Il a dépeint en fait avec un réalisme plus que cru comme en témoignent les scènes de punition au fouet, de torture, de racisme et de tueries bang bang où tous les cow boys se tirent dessus avec leur gun et avec une facilité déconcertante.


La violence, un thème toujours sujet à débat…

Tarantino nous présente un vrai western spaghetti où le sang est du ketchup et où la violence est tellement exacerbée qu’elle devient parfois fausse, surfaite, oserais-je dire parfois inutile. Il est évident que les scènes de torture sont là pour dépeindre une réalité tout aussi horrible soit-elle et qu’elles ne sont pas inutiles. Cependant, je pense que le combat à mains nues entre les deux noirs ou le noir qui se fait manger par un chien sont des scènes gratuites, montrer de la violence pour montrer de la violence. Je n’aime pas la violence gratuite dans les films et pourtant j’adore la filmographie de Tarantino. C’est paradoxal, je sais. Mais même si cela constitue entre autres choses la patte du maître, il pourrait faire des films tout aussi bien sans en rajouter autant. Voir des boyaux et des organes n’est pas en soi esthétique ni intéressant pour comprendre la portée du film. En revanche, Django est beaucoup moins violent ou gore qu’Inglorious Basterds ou que Kill Bill par exemple alors qu’on m’avait dit le contraire. Se serait-il légèrement calmé et assagi l’âge venant ? Quoi qu’il en soit, soit on ferme les yeux (comme moi) soit on souffre avec les personnages auxquels on s’attache (comme moi aussi). Cette violence sur-exposée, exacerbée ne serait-elle pas finalement et au contraire nécessaire comme dans les arènes antiques lors des combats de gladiator pour opérer à la catharsis du spectateur? Mais en a-t-il vraiment besoin, cela va-t-il le purger ou le défouler, l'empêcher d'en arriver à cette perte de domination de lui-même? Tout préfigure la violence, du générique rouge sang du début jusqu’au carnage final qui selon certains a été déclenché par un acte inutile mais vous révéler lequel serait faire du spoil. En tout cas, il est vrai que le début du film est génial et contraste grandement avec une fin longuette qui aurait pu être largement raccourcie. Tarantino en rajoute et en rajoute encore une couche au lieu d’en finir plus rapidement. D’ailleurs, son apparition à la fin en tant qu’acteur m’a dérangée : on a l’impression qu’ils n’ont pas eu assez de budget pour embaucher un énième figurant ou que le réalisateur veut se montrer à l’écran. C’est totalement inutile et je trouve que chacun doit rester à sa place, en l’occurrence le réalisateur derrière sa caméra à exercer tout son talent. M’enfin passons, ce n’est qu’un détail.


En parlant du casting… 

Jamie Foxx en personnage leader, Christoph Waltz en chasseur de prime allemand raffiné et ayant l’art de la négociation diplomatique, DiCaprio en Monsieur Candy déluré et dandy ou encore Samuel L. Jackson (acteur fétiche de Tarantino) en vieux pépé aigri et insupportable excèlent dans leur prestation et leur personnage semblent taillés au millimètre pour eux. Ils sont juste prenants, à fond dedans, réalistes, exagérés au maximum ou toute en retenue comme il faut. Chaque réplique est un souffle que l’on retient, chaque dialogue a un rythme propre qui nous tient en haleine car dans ce monde de truands et de brutes tout peut basculer au moindre mot de travers. Chaque échange est une dynamite dynamique. Chaque interpellation nous fait avoir des sueurs froides dans notre siège. Le scénario est juste parfait, on sent le travail de perfectionniste derrière et surtout on sent que c’est une équipe qui tourne bien ensemble, qui a une cohésion qui nous propose ce western d’un genre nouveau. Django reprend à la fois les thèmes classiques des western (et reprend le Django de Sergio Corbucci de 1966) tout en innovant avec la touche personnelle à la Tarantino. Les fleurs de coton immaculées de fines gouttes de sang nous rappellent la neige tâchée du même liquide rouge dans Kill Bill et l’imagerie des paysages américains sous le soleil brûlant est magnifique. Chaque image est une photographie qui s’accompagne d’une musique tout à la fois surprenante (raps de bads boys qui en imposent) et entraînante, ponctuant l’action avec dynamisme et s’arrêtant net lorsque le silence suffit à emplir nos oreilles de suspens. Si cette musique est si géniale c'est parce qu'elle est en partie réalisée par le classique compositeur italien des western Ennio Morricone. La bande originale est ainsi à la fois classiquement représentative des westerns (harmonica, guitare classique) tout en se démarquant par son originalité (raps d'action, voix douce féminine, etc.).



Le thème historique de l'esclavage est rendu beaucoup plus vivant dans Django. L'aspect historique n'empêche toutefois pas au film de prendre du recul sur toute cette folie en l'ironisant et en la critiquant avec cynisme et humour, comme sait si bien le faire Tarantino. Par exemple, la scène où Django est à cheval et que le village entier le dévisage ou lorsqu'il se transforme en chasseur de prime c'est-à-dire un noir payé pour tuer des blancs, si ce n'est pas génial à une époque esclavagiste! Quoi qu'il en soit, le film est cadré, taillé, construit au millimètre près ce qui lui donne une précision appréciable. En somme, la bande originale est aussi impeccable que la réalisation, le montage et le jeu des acteurs. A voir absolument! 

Alors, tous à vos écrans ! 

(Merci aux débats et idées fructueuses de mes amis cinéphiles qui ont implicitement contribué à l'écriture de cette analyse) 

dimanche 6 janvier 2013

Le Hobbit: un voyage inattendu



Sorti le 12-12-12
(Livre de Tolkien paru en 1937) 
De Peter Jackson
Avec Richard Armitage, Martin Freeman, Ian McKellen
Genre: Adaptation, Aventure, Fantastique 
Américain, Néo-zélandais 

 
   








Le film dure 2h45 et pourtant je ne les aies absolument pas vues passer. J'ai même été surprise quand le film s'est terminé car j'ai eu l'impression que c'était trop tôt. J'ai eu aussi un goût amer de non-fini car je ne savais pas qu'en réalité Le Hobbit va être adapté sur trois épisodes comme le Seigneur des Anneaux alors qu'il ne s'agit que d'un tome qui aurait largement pu être adapté en un voire seulement deux épisodes. Mais ils ont trouvé le bon filon et ils l'exploitent à mort quitte à rentrer dans tous les détails voire à en rajouter. Je suis donc restée sur ma fin, voulant à tout prix que l'aventure continue mais il me faudra patienter sagement dans mon coin. Toutefois, le sous-titre "Un voyage inattendu" aurait du me mettre la puce à l'oreille car cela suppose d'autres sous-titres et donc d'autres épisodes. 


Si je n'ai pas vu le temps passer, c'est sûrement grâce au rythme soutenu et dynamique qui nous plonge dans les aventures trépidantes et pleines de rebondissement de Bilbo le Hobbit (d'ailleurs traduit en Français Bilbon sans que cela soit nécessaire, mais les français aiment bien tout traduire même si cela s'avère inutile. Saluons par contre la bonne traduction de Bag End en Cul-de-sac). L'histoire semble bien plus simple et enfantine que le Seigneur des Anneaux et c'est peut-être pour cela que beaucoup préférerons le Seigneur des Anneaux aux personnages bien plus nombreux et aux implications plus complexes. Mais si l'intrigue est simple (redonner un chez soi aux Nains qui l'ont perdu contre le dragon Smaug), le récit qui en est fait n'en reste pas moins palpitant et si Bilbo le Hobbit est si important c'est bien parce qu'il s'agit de comprendre tout ce qui s'est passé avant le Seigneur des Anneaux et tout ce qui y a mené. 

Bande annonce VOST


Ainsi, la scène principale, la scène cruciale du film est bien celle où Bilbo découvre l'anneau de pouvoir et le vole à Gollum. Au terme de plusieurs énigmes et d'un Gollum toujours plus perfectionné et toujours plus effrayant, Bilbo parvient à sortir de la caverne en usant du pouvoir d'invisibilité de l'anneau. Pendant toute cette scène, le suspens et la tension atteignent leur paroxysme car, même si l'on sait que Bilbo va s'en sortir puisque c'est le vieux Bilbo qui raconte sa jeunesse aventureuse, même si l'on sait que Gollum va survivre, même si l'on sait tout ça, le spectateur est emporté par les vives émotions véhiculées par la situation, le très bon jeu des acteurs et une musique qui donne tout son cachet et son aspect dramatique. 

 "Mon précieux" Gollum


En tout cas, le film m'a donné envie de voir la suite, de revoir le Seigneur des Anneaux. Et comme je l'avais vu il y a plusieurs années de cela et que je ne m'en souvenais presque pas, cela a été comme le voir pour la première fois. C'est amusant de comparer les scènes où Bilbo découvre l'anneau dans Le Hobbit qui vient de sortir et La communauté de l'anneau sorti en 2001 puisque les graphismes se sont nettement améliorés même si pour l'époque ils étaient déjà incroyables. La scène est également bien plus détaillée dans Le Hobbit bien sûr d'où l'intérêt: on comprend bien mieux les origines et les événements déclencheurs de l'histoire. C'est aussi intéressant de mieux comprendre toutes les références que Bilbo fait dans La Communauté de l'anneau: par exemple, le dragon en feu d'artifice qui survole la Comté, Bilbo qui raconte aux enfants effrayés son aventure, les trolls pétrifiés que croisent Frodon et ses compères... 


 Départ pour l'aventure


Le film m'a aussi donné envie de lire les livres, comme à chaque fois que je regarde un film qui est une adaptation et que je me dis "tout cela on le voit et cela semble évident mais je me demande bien comment cela est décrit en mots..." Je ne peux donc pas attester de la fidélité vis à vis de l'oeuvre même si on m'a dit que des faits ou des personnages avaient été rajoutées. Je m'en remets donc à vous, chers experts. 


On retrouve dans Le Hobbit des paysages époustouflants et une parfaite immersion des personnages magiques dans la Terre du Milieu ce qui ne rend l'univers de Tolkien que plus réaliste alors même qu'il s'agit de l'univers le moins réaliste et le plus fantastique qu'on connaisse. On s'y croirait vraiment et on s'attendrait presque à croiser des elfes en sortant du cinéma. Des elfes, heureusement pas des orques, les êtres les plus horribles que j'ai jamais vu. Fondcombe en revanche est un pur joyau dans lequel on aimerait passer une vie sage et tranquille au son des oisillons et de l'eau qui coule. Son aura est fantastique et l'univers de Tolkien dans son entier est tout simplement du pur génie. Son imagination dépasse tout entendement rationnel humain et j'aimerais être dotée d'une imagination aussi fertile et aussi originale. Il ne se contente pas de copier des mythes nordiques qu'il a étudié, il les mélange avec bien d'autres influences, il invente par dessus, il s'en inspire pour créer du nouveau. Quel dommage qu'il n'ait même pas pu voir ce que ça a donné en image! Je me demande à quoi cela ressemblait dans son cerveau... 

 Elrond
 

Cependant, je ferais deux reproches à ce Hobbit. Le premier est le début un peu exagéré et trop enfantin. On se perd en un banquet interminable des nains qui débarquent les uns après les autres chez Bilbo dans la plus grande bonne humeur en criant, rotant, buvant à gorgées pleines et en mangeant comme des porcs tout ce que contenait la réserve de ce pauvre hobbit dépossédé et perdu. À part rendre ridicule Bilbo, le fait de ne pas le mettre au courant de ce qui se passe et pourquoi les nains débarquent ainsi chez lui rend cette confusion dans son esprit inutile. De plus, on passe d'une scène très joyeuse avec des chants presque paillards et des assiettes précieuses qui volent à un moment solennel avec une chanson très grave, sérieuse et dramatique qui du coup détonne. On se demande même si le film ne va pas basculer dans une espèce de film à chansons alors même qu'elles apparaissent au milieu de l'action un peu comme un poil dans un plat.

Le deuxième est la scène où Thorin attaque soudainement l'orque blanc, son grand ennemi, dans une course au ralenti avec pour fond une musique épique et guerrière. Ce passage semble juste sur fait, "too much" dans le genre. Surtout que Thorin et toute sa compagnie étaient en train de tomber d'un arbre au bord du précipice sans pouvoir s'en échapper quand soudain ils arrivent tous à en sortir malgré leur équilibre instable et précaire. Un peu incongru, nan?

Gandalf et Radagast, l'illuminé de la forêt Noire qui nous a bien fait rire avec son bolide de course tiré par des lapins de Rhosgobel plus rapides que des ouargues d'Orques!



Malgré ces deux petits détails qui n'entachent pas du tout la réalisation de Peter Jackson, je recommande à tous d'aller voir Le Hobbit parce que vous vous retrouverez immergés dans une merveilleuse mais aussi effrayante aventure qui saura vous distraire et vous en mettre plein la vue et les oreilles (puisque la musique autant que les dialogues ont été finement élaborés).

Alors, tous à vos écrans!

lundi 24 décembre 2012

Inception

Sorti le 21 juillet 2010
De Christopher Nolan
Avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Marion Cotillard
Genre: Science fiction, thriller
Américain, Britannique










Sensation éternelle de chute. De pouvoir, comme s'il était facile de construire tout comme on le souhaite. Tout est en mouvement, tout le temps, partout. Tout se renverse et se bascule. La pesanteur n'existe plus et les corps s'inversent. La mastication de son âme en papier mâché est lancinante. La masturbation de son cœur en patte à modeler s'avère être longue et douloureuse. On le broie de l'extérieur. Des graines sont implantées un peu partout mais ne poussent pas. Il a du mal à croitre, qui l'eut cru! Des inceptions à cœur ouvert sont pratiquées sur le cerveau d'une personne fragile. Il faut recoudre avec du fil de fer pour être sûr qu'il ne se brise pas au premier coup de dent. Un fil qui ne rouille pas de préférence. Refermer, enfouir avec propreté, sans bavure. Refermer sans laisser de trace. Car le tout ce n'est pas d'ouvrir, de lancer un sujet. Cela paraît insurmontable quand en réalité (attention: laquelle? où? existe-t-elle? rien n'est réel lorsque l'on est dans un état second d'hébétude) c'est simple comparé à la lourde tâche de devoir clore quelque chose. C'est bien plus difficile de terminer que de commencer, de détruire que de construire, de reconstruire que de détruire. Comme s'il n'y avait jamais de fin et que nous allions errer à jamais dans les limbes de notre esprit. Mais si la réalité est irréelle et que les rêves sont notre échappatoire, il n'y a aucun moyen de savoir. La connaissance de la vérité est impossible. On se prend la tête, on la secoue, on la remue dans tous les sens mais les barrières sont trop solides. Pas de faille dans le labyrinthe de la recherche. Il est à la fois intransigeant et incassable. Rien ni personne ne passe. Il n'y a pas de fin en fin de compte et tout s'interrompt brutalement. Le noir devient et nous devenons à nouveau autre chose dans une nouvelle lumière aveuglante. Nous continuons sans cesse de devenir dans un présent qui n'est jamais rien d'autre que l'inconscience du temps qui passe, le subconscient de notre avenir et de nos passés. Le présent c'est ne rien savoir. Le présent c'est ne pas penser. Juste vivre. Juste cela, rien de bien compliqué. Vivre dans la simplicité de la complexion. Ma pensée est tellement confuse et pleine que je n'arrive pas à l'ordonner pour exprimer ce que je ressens. Mais comment peut-on ressentir avec sa pensée? Est-ce seulement possible? Mystère. Je ne crois pas. 


Bande Annonce VOST


Le tout ce n'est pas de voler de ses propres ailes mais bien de pénétrer les secrets. Les préserver, les respecter, les partager. La tâche qui est encore plus délicate et qui demande habileté, dextérité et calme est d'aller en profondeur dans chaque chose qu'il nous est donné de voir, d'entendre, d'expérimenter et de vivre. Enfouir, creuser. Aller "jusqu'au bout du monde et du rêve." Le rêve conscient n'est d'ailleurs qu'une manifestation de celui que l'on fait endormi. Le rêve que l'on cultive toute notre vie est tapi, endormi du sol au plafond capitonnés pour ne pas qu'il nous échappe. Mais il suffit qu'une griffe d'agressivité sorte pour que toutes les coutures implosent. La vitre tintée ne nous reflète plus et le miroir se brise. Le ralenti intensifie l'expérience de la destruction. Au milieu de cela, nous flottons serein. Car nous savons que le danger n'est qu'une peur, celle de mourir ou de souffrir. Et cette peur nous paralyse alors que le mouvement nous balance. Nous éveille à la respiration. Le souffle coupé, nous revenons à la surface d'un immeuble de plusieurs étages sous-terrain. 



Le tout ce n'est pas de voler mais mal de donner, fournir, implanter, faire germer, partager, changer. La modification d'un verbe engendre le bouleversement de morts et de vies entières. 
Remettre en cause la morale est un exercice, bien que parfois choquant et même déroutant, très intéressant. 

Alors, tous à vos écrans! 

vendredi 21 décembre 2012

Skyfall



Sorti le 26 octobre 2012
De Sam Mendes
Avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem
Genre: Action, Espionnage
Américain, Britannique 













Le ciel m’est tombé sur la tête ! 

Le nouveau James Bond a fait polémique : pour certains il ne s’agit plus que d’un film d’action à gros budget qui a perdu l’âme de l’espion britannique, notamment depuis que Daniel Craig, le blond musclé aux yeux bleus est devenu le nouveau OO7. Il n’est pas un brun ténébreux comme Sean Connery en son temps ou plus récemment Pierce Brosnan et il ne rend pas heureux les James-Bond-fans-de-toujours. Pourtant, « I agree to disagree », je ne suis pas d’accord. 

Bon, mon interprétacteur (mot-valise bien pratique que je viens d’inventer) préféré est Pierce Brosnan, je vous l’avoue, c’est juste une histoire de feeling et sûrement aussi d’époque : il a été mon premier, mon premier James Bond. Mais cela ne m’empêche pas d’apprécier Daniel Craig qui interprète très bien un agent secret fort (« je me plante un couteau dans la peau et d’abord j’ai même pas mal ! » beurk…) et mystérieux, et qui réussit à être un blond ténébreux (si si c’est possible, la preuve) en puissance. Je ne vois pas pourquoi James Bond devrait être brun, blond avec des yeux verts ou cacahuète, il pourrait même être roux (ho mon dieu, scandale !) qu’on s’en ficherait. Je veux dire : l’important c’est pas le physique, n’est-ce pas ? L’important c’est l’âme du James Bond : un espion qui séduit les femmes, qui fait des petites blagues tout en tuant le méchant et qui trouve encore du temps pour faire le tour du monde en se la pétant.


 Bande annonce VOST


Bon, je vous accorde aussi qu’il y a beaucoup plus de cascades spectaculaires qu’avant, que le budget est devenu pharaonique et que les effets spéciaux se sont fait une énorme place (le métro qui te fonce dessus, comment réussir à ne pas montrer qu’il s’agit d’un montage sur ordinateur - ou d’une maquette très très bien faite -). Mais encore une fois, où est le problème ? James Bond (que ce soit le personnage comme le film éponyme) ne pouvait pas en rester aux années 1960, il se devait d’évoluer avec son temps et je trouve que c’est plutôt bien réussi. Contrairement au dernier James Bond, Quantum of Solace, que j’avais trouvé très décevant, Skyfall a franchement bien rattrapé le coup. 

Skyfall témoigne de l’évolution des James Bond car il intègre les problématiques actuelles : les cybers attaques qui sont les nouvelles guerres d’aujourd’hui et de demain, les ennemis qui ne sont plus des Etats mais des personnes individualisées et les institutions gouvernementales en crise profondément remises en question et attaquées pour leur (manque d’) efficacité. Le jeune Q interprété par Ben Whishaw chargé de donner tous ses gadgets à James Bond représente éminemment cette nouvelle génération et cette nouvelle tendance. Face à un magnifique tableau de Turner, il rencontre 007 avec humour et poésie. Alors qu’on avait l’habitude du bon vieux et incontournable John Cleese, le visage est frais et jeunot mais pas moins efficace. Il propose à Bond uniquement un pistolet avec reconnaissance par emprunte digitale et ajoute ironique aux vues de l’air surpris et mécontent de Bond « vous ne vous attendiez tout de même pas à un stylo qui explose ? » La réplique est drôle, efficace, cinglante. Référence directe aux anciennes valises qui diffusent des gaz lacrymogènes et autres bagues brisant la glace. Désormais, les gadgets sont épurés, peu nombreux mais terriblement utiles. On innove tout en rendant hommage aux précédents films, c’est parfait. 




Javier Bardem

Ce qui est très intéressant c’est de voir en l’espace d’un mois à peine un James Bond des années 1960 « Bons baisers de Russie » et un James Bond fraîchement sorti des années 2010 « Skyfall ». Toutes les semaines j’assiste en effet à un atelier de cinéma en anglais à mon université (http://crlcinema.wordpress.com/et on a fait un cycle « Sean Connery » du coup on a commencé avec Bons baisers de Russie. C’était marrant de pouvoir comparer l’évolution. A l’époque, ils n’hésitaient pas faire presque semblant et à ce que ça se voit. Tout était plus artisanal mais cela permettait davantage de réalisme. C’est tout aussi distrayant. Bond avait la class, il l’a toujours. Bond avait l’humour (hop là je remets ma cravate et mes boutons de manchettes alors que je viens de tuer un homme), il l’a toujours. Bond était vieux jeu avec les femmes, désormais ce sont elles qui le tuent ou font les bad girls en le menant par le bout du nez. Bond se promenait dans le grand bazar d’Istanbul, désormais il fait une course poursuite en moto sur les toits de la ville face à la Grande Mosquée. Bond était dans la Guerre Froide un acteur majeur, Bond est désormais un pion du MI6 dans les conflits internationaux qui vieillit et se noie dans l’alcool. 

Cette fois-ci, on attestera d’une présence bien moins importante des « James Bond Girl ». Bien sûr les scènes torrides dans la douche   ou contre un mur sont encore là. Et ce n'est pas moins qu'un agent féminin qui fait disparaître James Bond. C'est dans une scène au fil du rasoir que le suspens se pend à notre gorge et qu'un simple acte de nettoyage devient sensuel. Bien sûr, les femmes sont encore là, envoûtantes. Mais moins peut-être parce que notre James n’a pas trop la tête à ça et qu’il se morfond plutôt sur lui-même et sur son existence. On assiste à un James Bond bien plus sentimental, bien plus profond aussi et pour une fois, ça fait du bien. Avoir davantage accès à notre agent double préféré au lieu de le voir complètement distant de toute chose a du bon en soi. On découvre l’enfance orpheline et triste de Bond dans un manoir perdu au milieu des paysages délabrés d’Ecosse. Le manoir semble hanté de souvenirs rappelés par le garde-chasse. Le conflit semble de prime abord très international avec un petit détour par la Chine et une scène magnifique au niveau du jeu des lumières et de la musique sur une île-casino entourée de lampions et de dragons en papier et qui accueille ses visiteurs avec un vrai dragon de Comores tout à fait charmant. Mais en réalité, le conflit devient personnel.

Il est vrai que le film démarre lentement, le méchant n’arrive qu’au bout d’un certain temps. Mais je ne me suis pas ennuyée et si vous oui, c’est que vous n’avez jamais vu Last Days. Ce méchant est en fait un fantôme du passé de M et tous ces obscurs événements et meurtres ne sont finalement le fait que d’une vengeance personnelle qui a pris une sacrée ampleur. Ce méchant, c’est Javier Bardem qui le campe. Un de mes acteurs fétiches qui à mes yeux est l’un des meilleurs acteurs de ce siècle. Bon, en blond je vous l’accord il est terriblement laid. Mais on a dit que l’apparence ne comptait pas ! Dans ce rôle de schizophrène paranoïaque voulant défier le monde entier mais surtout ses deux ennemis jurés, il est juste parfait. Fou, piquant, effrayant. Il entre tellement dans son rôle que c’en est presque inquiétant mais absolument remarquable.


Adèle - Skyfall song 

James Bond est donc plus humanisé, moins héroïque. Ou alors c'est un héros différent, un héros des temps modernes, au coeur fragile, en proie aux doutes et un héros courageux dans son élégance et son humilité. Il nous touche dans son désarroi et dans sa quête d’utilité. Entre la vie et la mort, tel un zombie errant, tel un fantôme de lui-même, il se cherche comme nous tous et ses faiblesses sont apparentes. James Bond vieillit tout simplement, et ses aptitudes ne sont peut-être pas aussi bonnes qu’avant. Il lui faut l’accepter mais cela reste difficile. Il est aussi humanisé dans ses rapports avec M, qui sont de plus en plus forts et de plus en plus émouvants. Ils vieillissent ensemble et doivent défendre avec ferveur leurs rôles, leur utilité, leur vie en somme. L’action de la jeunesse laisse place aux rides et aux paroles mûres et assagies par l’expérience. Le plaidoyer poétique de M devant les ministres est très beau et emblématique du combat qu’il faut mener pour garder sa place, car même les plus hauts peuvent chuter. 

“We are not now that strength which in old days
Moved earth and heaven; that which we are, we are;
One equal temper of heroic hearts, 
Made weak by time and fate, but strong in will 
To strive, to seek, to find, and not to yield.” 

Ulysses, Lord Alfred Tennyson

Skyfall est beaucoup plus photographique et visuel que ses prédécesseurs, c’est peut-être ça qui en fait un beau film, plus qu’une simple distraction. Les paysages écossais sinistres mais enveloppés d’une brume charmeuse, la skyline de Shanghai avec ses lumières bleutées et miroitantes, informatisées et mouvantes, les dragons rouges et les feux jaunes, les lacs gelés et les flammes rougeoyantes, le bleu et le rouge, le froid et le chaud toujours en oppositions, mais aussi les plages paradisiaques… tout cela donne un visuel dense et riche qui ne fait qu’éblouir nos yeux. Seul bémol: le manoir, qui est par ailleurs une bombe à retardement mais qui nous ravit par sa défense aussi artisanale et simple qu'intelligente et efficace (retour aux vrais valeurs du combat, finies les victoires aisées), semble un peu posé comme un cheveu sur une soupe au milieu des paysages désertiques écossais, posé comme un ballon de baudruche au milieu d'aiguilles, sur-posé je dirais même. Mais bon, ça ne fait que renforcer l'austérité et l'isolement du lieu qui ont déteint sur l'enfant puis l'adulte Bond. 



Finalement, James a fait un grand Bond en allant vers la modernité tout en gardant et en équilibrant ses liens (bonds en anglais) avec sa tradition so British. En témoignent l’agent double méditant mystérieux devant le drapeau anglais porté fièrement en étendard dans le vent londonien, le retour emblématique de l’Ashton Martin dans toute sa puissance et sa splendeur, le retour également du traditionnel bureau de M capitonné et de la secrétaire Moneypenny qui garde une relation ambigüe avec l’agent (on ne sait pas s’ils se draguent juste ou s’ils ont en fait vraiment eu une liaison, le mystère demeure) et enfin le générique qui reste dans l’âme même des James Bond. Ce générique dont il me faut dire un mot : agréablement surprise par la chanson d’Adèle, je l’ai trouvé magnifique. Autant la chanson que le graphisme. Les femmes, les armes, le sang, les têtes de mort, tout y est. La voix d’Adèle dans sa magistrale puissance et en même temps dans sa légèreté aigue permet d’apprécier ces deux tenants opposés qui composent James Bond et son histoire. J’ai beaucoup aimé le passage dans l’eau qui fait directement suite à une scène cruciale du film (la chute du héros) et qui nous embarque dans l’apesanteur aquatique. Cependant, j’aurais préféré qu’on reste dans cet environnement liquide et dans un générique unifié au lieu de changer sans cesse de fond et donc de milieu, ce qui a rendu le générique un peu fouillis et dispersé au lieu d’être centré sur un thème unique. 

En somme, un excellent James Bond selon moi: drôle et sombre à la fois, distrayant et captivant, émouvant et travaillé, profond enfin.  


Alors, tous à vos écrans!


Petit bonus linguistique : vous ne le saviez peut-être pas (moi non plus, je viens de l’apprendre) mais « bond » en anglais signifie « caution » pour un appartement par exemple. A méditer. 



Opération Argo




Sorti le 7 novembre 2012
De Ben Affleck 
Avec Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman 
Genre: Historique, Thriller, Drame
Américain 











L’acteur mais aussi réalisateur Ben Affleck a réussi son pari. Argo est un nouveau bijou du cinéma de suspens et d’action. Le film raconte l’histoire vraie d’un agent de la CIA, Tony Mendez, qui va essayer d’expatrier et de sauver six membres de l’ambassade américaine en Iran réfugiés à l’ambassade canadienne au moment où les iraniens ont pris en otage l’ambassade américaine en 1979. Ces six diplomates américains se retrouvèrent confinés dans le secret total. Ils ne pouvaient pas sortir sous peine d’éveiller les soupçons sur leur provenance nord-américaine chez des iraniens fervents anti-américains qui réclamaient le rapatriement de l'ancien shah d'Iran pour le juger et le condamner alors que ce dernier s’était réfugié aux Etats-Unis pour des raisons de santé.

Le film est donc historique, mais pas seulement. Le début retrace les évènements politiques iraniens et américains qui vont conduire à l’opération Argo qui donne son titre au film. Ce générique historique permet d’y voir plus clair dans un évènement dont finalement on sait peu de détails. L’opération a en effet, comme on l’apprend à la fin, longtemps été maintenue secrète par la CIA.    C'est aussi dans la mise en scène que le réalisateur rend le film  très historique. On dirait presque un reportage photographique, un document inédit sur une révélation historique. De plus, les manifestations sont souvent filmées de sorte que l'on croirait presque à de vraies images d'époque. Les deux (vrai et reconstitution) pourraient totalement se mélanger sans que cela puisse se distinguer. Mais à la fin du film, Ben Affleck atteste encore davantage de cette dimension fortement historique en rendant hommage et en montrant les vrais visages des diplomates qui s'étaient réfugiés  à l'ambassade canadienne et qui étaient devenus leurs propres prisonniers. Ben Affleck a réussi à se procurer de sacrés documents!

Cependant, le long-métrage se construit peu à peu autour d’une intrigue cruciale : l’agent de la CIA interprété par Ben Affleck lui-même va-t-il réussir à sauver et expatrier les agents diplomatiques sans problème alors même qu’ils ne peuvent pas passer les contrôles de sécurité très stricts à l’aéroport et aux frontières ? 



Argo devient dès lors un film d’action mais surtout de suspens. J’étais sur ma chaise de cinéma en train de prier à chaque minute de l’opération pour qu’elle réussisse. Quand on ne connaît pas l’histoire, on ne sait pas quel est le dénouement et c’est tout l’intérêt du film. Le revoir par contre semble impossible : c’est-à-dire que cela ne procurerait absolument pas les mêmes sensations d’angoisse et de peur face à la réussite ou à l’échec de l’opération secrète. Toutefois, je pense que le seul fait de ne pas connaître le dénouement n'explique pas tout: le suspens est surtout réussi parce que les acteurs et le réalisateur ont su le mener jusqu'au bout sans trépider et à le faire crescendo, sans faux pas. C'est là toute la réussite du film, qui ne repose pas que sur l'ignorance d'un spectateur non-averti mais bien sur l'art de créer et de maintenir ce même spectateur et même un qui serait plus connaisseur en haleine. 


Au risque d’en surprendre plus d’un, Argo est aussi comique. Avec une légère touche d’autodérision et de cynisme, le réalisateur et les acteurs parviennent à nous faire rire alors même que la situation semble dangereuse et peu probable d’aboutir à une conclusion heureuse. Par exemple, le principal agent chargé d’expatrier les diplomates risque sa vie pour son pays dans le plus grand secret et est de ce fait obligé de dire au revoir à sa famille (en fait, il ne réussit pas à leur adresser un ultime adieu et le silence téléphonique ou plutôt le bruit désagréable du bip qui ne s’arrête que sur la messagerie est déchirant) : cela est bien tragique. Les diplomates sont inquiets d’être découverts, mis en prison, torturés puis tués. Les otages de l’ambassade sont menacés d’être fusillés et sont torturés psychologiquement.


Bande annonce VOST

Pourtant, malgré tout cet environnement anxiogène et ces évènements dramatiques, le film nous tire des rires parce que l’opération pour sauver les diplomates consiste à inventer et à prétendre le tournage d’un faux film. Le film dans le film, la boucle est bouclée et la métaphore est drôle surtout quand les scènes et les dialogues se moquent ouvertement d’Hollywood et de ses manières langagières comme coutumières en matière de production et de réalisation cinématographique. La première pierre est lancée, tant celle de la critique que celle de la construction de l’opération. Celle-ci se base sur l’édifice d’un faux film de science-fiction d’inspiration moyen-orientale. Les diplomates devront prétendre être des membres de l’équipe de tournage à la recherche de lieux moyen-orientaux pour le tournage effectif. Se créé alors petit à petit un scénario, des story-boards et une vraie histoire, fortement inspirée de Star Wars. Le petit clin d’œil pour les fans de la saga des étoiles est d’ailleurs la bienvenue et tout aussi « sympathique ». Et alors même qu’à une réunion d’artistes hollywoodiens délurés, déguisés n’importe comment en aliens en aluminium et autres bizarreries dorées pour faire plus « oriental », les acteurs lisent avec émotion un script complètement bidon et nullissime autant par son contenu que par sa forme, au même moment une femme iranienne dévoile aux caméras les atrocités dont les iraniens ont pu souffrir et ce pourquoi ils veulent récupérer l'ancien Shah à tout prix pour le juger. Elle accuse directement les Etats-Unis de manquer au fondement même de justice et d’égalité ainsi que de respect des droits de l’homme. Ce parallèle est saisissant d’émotion et de contraste. 



Je soulignerais également juste un détail : la re contextualisation dans les années 1980 est tout à fait bien réussie et prenante. Ce n’est ni forcé ni « kitch » mais au contraire totalement naturel et on retrouve les classiques décors, repères et styles de ces années là. De plus, on retrouve un casting brillant, tout à fait bien porté non par un seul acteur-leader comme aurait pu s’imposer Ben Affleck mais par une vraie équipe : Bryan Cranston que l’on connaît davantage pour ses rôles délurés dans les séries Malcolm ou plus récemment Breaking Bad remplit son rôle d’agent de la CIA qui commande les opérations très sérieusement. John Goodman représente quant à lui l’emblème même du cinéma Hollywoodien. 

Pour revenir sur le suspens, il va croissant comme mon rythme cardiaque qui ne cessait de grimper en flèche. Au summum du suspens, je n’en pouvais plus de me tortiller jusqu’au dénouement pour savoir ce qui allait se passer. Jusqu’à la dernière minute on hésite et on ne sait pas. Ce qu’on sait en revanche, c’est que l’histoire est capable de tous les revirements pour nous surprendre et que ce n’est en général jamais ce qu’on prévoyait qui va arriver. Pas de spoiler donc, je vous laisse la joie d’aller découvrir par vous-même cette intense émotion et la conclusion finale. 

Pour moi, qui étudie les relations internationales, ce film a d’autant plus d’intérêt qu’il met en valeur les opérations diplomatiques, les interventions délicates à mener en temps de crise, les ressorts et les enjeux des conflits internationaux. Ben Affleck réussit très bien à mettre tout cela en perspective avec professionnalisme. 



/ !\ Alerte Spoiler (je ne raconte pas de scènes cruciales ni la fin mais je donne mon avis sur une décision de l’équipe de production qui peut vous faire comprendre le fin mot de l’histoire) 

En parlant de final, je trouve bien dommage, mais cela reste mon avis personnel, que l’équipe de production ait décidée de changer la fin juste pour faire plaisir aux iraniens et ainsi le diffuser en Iran. Depuis quand devrait-on se plier à ce genre de censure de sa propre œuvre pour faire un peu plus d’argent et ne pas « heurter la sensibilité iranienne » ? Depuis quand devrait-on changer l’histoire ? Elle est comme elle est et il faut la présenter comme telle, même si parfois elle peut être sujette à plusieurs interprétations, quand les faits sont là, bels et bien clairs, il s’agit de les exposer à la fois avec sérieux et avec humour, comme l’a si bien fait Ben Affleck. 

Alors, tous à vos écrans!