Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Drame. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Drame. Afficher tous les articles

samedi 13 juillet 2013

Un film bling bling

Sorti le12-06-13
De Sofia Coppola
Avec Emma Watson, Katie Chang, Israel Broussard
Genre: Drame, Faits divers
Américain










Le nouveau film de Sofia Coppola est très divertissant et en jette. Après Virgin Suicides et Marie-Antoinette, la réalisatrice s'attaque de nouveau à mettre en scène de jeunes adolescentes perturbées mais dynamiques. Dans The bling ring, surnom donné au groupe de protagonistes, des lycéennes et un jeune garçon se mettent à voler dans les villas les plus prestigieuses des grandes célébrités people et cinéma sur la côté Ouest des Etats-Unis. Paris Hilton, Lindsay Lohan... tout le gratin californien est mentionné. Ils apparaissent d'ailleurs comme peu prudents: leurs maisons s'ouvrent aussi facilement que des portes sur lesquelles on aurait laissé toutes les clés.

Bande Annonce VOST

Le sujet du film apparaît de prime abord comme un fait divers (l'histoire provient de faits réels qui ont eu lieu en 2009) peu intéressant et sans doute bien trop maigre pour en faire un long-métrage. A la limite un court... Pourtant, la réussite de Coppola c'est justement cela: de savoir exploiter un fait et d'en tirer un maximum d'images et de ressentis. Le générique explose les yeux: lettres flashis jaunes et rose fluo, articles de luxe et de mode. Ceux-ci apparaissent d'ailleurs tout du long : on est noyé autant que les voleurs de stars dans les talons aiguilles, les bijoux en or et argent, les diamants, les robes de grands couturiers, des sacs de marques renommées qui font leurs nombreux placements de produits et autres articles de luxe à vous en faire tourner la tête. Peut-être le sujet était-il d'ailleurs vraiment trop mince: parfois le sentiment de répétition peut s'installer... Mais Coppola essaye de diversifier habilement les angles de prises de vues ou les manières de filmer (images caméra vidéo notamment, intérieur/extérieur, etc.)


En effet, les jeunes ados sont en proie au phénomène de fashion victim. Ils idolâtrent l'apparence et les stars ou plutôt ce qu'elles portent. Le look a d'ailleurs tellement d'importance à leurs yeux que c'est par les objets et les marques qu'ils brillent. Ils veulent se démarquer en prouvant leurs possibilité et surtout leur courage, leur frivolité et leur audace. "On a peur de rien, on se sent libres (plus qu'on ne l'est d'ailleurs) et on veut le montrer à la terre entière". Du coup, ils se vantent auprès de leurs amis en soirée de leurs méfaits et n'hésitent pas à carrément vendre leurs articles volés pour mener la belle vie de luxe dont ils rêvent. En boîte, ils exhibent leurs corps puisqu'ils n'ont rien d'autre à montrer de toute façon. C'est en effet leur bêtise de répéter à tout le monde leurs pillages qui les trahira en justice. Je note donc un défaut de la part du film: il aurait été intéressant d'approfondir la cause de ces vols, de se pencher sur les raisons qui ont poussé ces jeunes à commettre ces crimes au lieu de trop s'appuyer sur l'aspect superficiel des choses. Ces jeunes bourgeois n'étaient-ils vraiment que dans l'ennui? Le manque d'encadrement et d'éthique total? l'envie de reconnaissance? La fascination de ces célébrités mystifiées auprès des jeunes facilement influençables? Autant de questions sociales restées sans réponses. 


Cinématographiquement, Sofia Coppola est par contre au rendez-vous. Les plans saccadés et rapides donnent une pêche d'enfer! Ils s'alternent cependant à des plans légèrement plus longs où l'image ralentie et le dialogue silencieux prennent leur sens. Comme un spectateur le dit à la sortie des salles, "jamais le slow motion n'a été mieux maîtrisé". Mais ce n'est en fait pas très surprenant quand on sait que la réalisatrice réussit à ne pas nous ennuyer devant un film aussi spécial et lent que Lost in translation. Au contraire de l'ennui, elle nous emporte dans un univers particulier en nous en montrant toutes les facettes particulières. La musique est claquante et parfaitement en rythme et en accord avec les images, elle est aussi "jeun's". Aucune déception, Coppola nous conforte même dans l'idée qu'elle maîtrise absolument non seulement son sujet mais aussi sa technique.

Emma Watson

Un petit mot sur le casting: les parents sont juste parfaits dans leur bêtise et leur incrédulité face à des événements qu'ils ne maîtrisent pas du tout puisqu'ils n'ont jamais cherché à les connaître. Emma Watson quant à elle passe pour une parfaite américaine et se détache de son image de fille sage anglaise et intellectuelle qui lui collait à la peau depuis Harry Potter. Les autres adolescents ont le mérite de ne pas surjouer leurs personnages et d'être pile poil dans un rôle qui aurait pu être le leur. En effet, facile de s'identifier si on a entre 15 et 18 ans. Et sinon, on se demande "mais où sont les parents?!". Ils ne sont jamais à la maison, en revanche, quand la police débarque à la porte de chaque maison, ils sont tous présents pour accueillir les mauvaises nouvelles. 


A la fin du film, on ne peut s'empêcher d'avoir une petite réflexion par rapport au jugement dont font preuve les jeunes. Certains écopent de prison ferme, et tous doivent payer des amendes exorbitantes. Est-ce que ça valait vraiment le coup? Détruire sa jeunesse pour ça... c'est quand même dommage. D'un autre côté, est-ce que les juges ont été trop durs? Après tout, une rolex en plus ou une rolex en moins dans la boîte d'Orlando Bloom, qu'est-ce ça change pour ces millionnaires? Mais en réalité, c'est un jugement moral et éthique qui est porté: "le vol c'est mal, que l'on vole un mendiant ou que l'on vole une personne fortunée". C'est surtout le viol de l'intimité qui est condamné et condamnable. 

Sofia Coppola n'a pas perdu la main et est pleine forme. Elle nous divertit et sait nous montrer un événement du début à la fin avec dynamisme et quelques temps plus posés de réflexion. Un bon moment à passer devant votre écran, même si vous n'êtes pas fanas de mode. 

Alors, tous à vos écrans! 

mardi 4 juin 2013

L'Ecume des jours qui passent et laissent de la mousse sur leurs chemins

L'Ecume des joursSorti le 24-04-13
(Livre de Boris Vian paru en 1947)
De Michel Gondry
Avec Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Romain Duris
Genre: Comédie dramatique, Fantastique
Français





Les échos et les critiques ont été plutôt négatifs concernant le nouveau film de Michel Gondry (réalisateur aussi de La science des rêves et d'Eternal Sunshine of the spotless mind, on comprend dès lors mieux sa patte et son goût pour les univers décalés et songeurs), L’Ecume des jours, cependant de mon point de vue personnel, je ne comprends pas vraiment pourquoi. Certes, le film est assez spécial. Tout comme le livre dont il est tiré, le roman de Boris Vian écrit en 1947. 


Le film est déluré, original, peut-être même parfois difficile à capter dans son délire mais cela reste un bon film. Il a les qualités d’un long-métrage divertissant et agréable. Les acteurs offrent un jeu sans chichis, un jeu tout à fait correct. Les musiques de la bande-annonce sont à la fois douces et entraînantes, elles rappellent un peu les vacances ou les histoires d’amour, les voyages ou les tristesses de la vie. Bien choisies, elles ponctuent les scènes d’une ambiance mélodieuse. Elles rendent d'ailleurs également hommage à la passion pour le jazz de Boris Vian lui même trompettiste. 


Bande annonce:

Pour une fois, j’ai préféré le film au livre. Certes, les inconditionnels de Boris Vian m’assassineront sur place. Il n’empêche que son style déluré et loufoque, son imagination débordante et sa poésie ne pouvaient être que plus représentatifs visuellement. Michel Gondry et ses techniciens ont donc réussi le pari de mettre en scène un univers totalement nouveau que les effets techniques et autres effets spéciaux permis par la magie du cinéma et des images actuellement ont tout à fait bien rendus. On a les yeux qui pétillent devant tant de couleurs et d’imagination.


Ce que l’on retient, ce n’est pas tant l’histoire d’amour banale qui est racontée mais plutôt sa poésie et sa mélancolie en même temps, une joie simple atténuée par les mauvais moments à passer de la vie. Touchant, l’Ecume des jours est proche de nous et réussit tout de même à nous faire voyager dans un monde de rêves hallucinés où l’on est déjà habillé en sortant du lit, où les fleurs nous guérissent et où un piano et ses touches de musiques peuvent nous servir un cocktail alcoolisé délicieux ou plein de fausses notes. 


Je retiens donc des images fortes, cruelles ou douces, tristes ou heureuses, marquantes et vivantes, colorées puis dégradées, je retiens un bon moment, drôle parfois, mélancolique souvent. Je retiens une jolie vue de Paris, une adaptation réussie, précise et détaillée, une bande son vraiment bonne. Je retiens mon envie de me plonger davantage dans cet univers pour pouvoir moi-même profiter de toutes les inventions de Vian. Je retiens aussi l'effervescence intellectuelle et artistique des années d'après-guerre où Jean-Sol Partre est l'éminente représentation de l'engouement fanatique envers Jean-Paul Sartre. Je retiens également une critique sous-jacente de la société naissante de consommation, d'envahissement des objets quels qu'ils soient et d'enfermement dans des obsessions accablantes envers un matérialisme peu important au regard des autres valeurs de la vie: l'amour, la santé, le partage, la jeunesse... 


Une petite perle du cinéma français cette année à ne pas rater. 

Alors, tous à vos écrans !

lundi 24 décembre 2012

Anna Karénine



Sorti le 5 décembre 2012
(Roman de Tolstoï paru en 1877)
De Joe Wright
Avec Keira Knightley, Jude Law
Genre: Adaptation, Historique, Drame
Britannique








Un couple inséparable 

Il y a toujours un réalisateur et un acteur (ici une actrice) fétiche. 

Joe Wright est un réalisateur que je connais bien puisque de lui, j’avais déjà vu ces deux films majeurs dirait-on, en tout cas les plus connus, Orgueil et Préjugés et Reviens-moi. Le premier, adaptation du magnifique roman de Jane Austen non moins brillante de par sa fidélité à l’œuvre littéraire, sa composition typiquement british, son charme et son élégance classique et sa très belle musique. Le deuxième, adaptation également fidèle de l’œuvre de Ian McEwan Expiation (Atonement en anglais), est l’un de mes films préférés car il recompose de manière à la fois poétique et dramatique dans un style soutenu et vif une histoire tragique se mêlant à l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Toujours avec finesse et prestance, Keira Knightley se distingue et interprète à la perfection les rôles de ces femmes souvent victimes, souvent empruntes à un grand désarroi et en même temps à une histoire amoureuse passionnée et passionnelle. 



Le classique 

Je connais donc bien ce couple cinématographique Wright-Knightley et je vous avoue que je m’attendais, avec une certaine appréhension de déjà-vu, à revoir toujours la même chose : un style classique aiguisé à la perfection, minutieusement préparé et conçu, des belles robes soyeuses d’époque à répétition et des bals si nombreux qu’ils vous font tourner la tête. Je m’attendais à voir la même composition, la même scénographie, les mêmes sourires et les mêmes larmes ou cris, la même musique. Certes, il y a une scène dans Anna Karénine qui est exactement identique à celle d’Orgueil et préjugés où les deux futurs amants sont au bal, ils dansent et tournoient sans cesse au milieu des autres couples danseurs quand soudain ils se retrouvent seuls dans la salle de fête, seuls à danser, comme si le monde autour d’eux s’évanouissait et n’avait plus d’importance que leur danse à eux, leur regard à eux, leur amour à eux. 



Le moderne 

Cependant, à part cette scène, permettez-moi de vous dire que vous allez être surpris ! Je dois bien reconnaître que j’ai été cette fois-ci très étonnée par le film de Joe Wright. On retrouve bien sûr sa patte, des éléments de sa poésie, des éléments du drame romantique classique mais il a clairement essayé cette fois-ci d’être, allez j’ose le mot, d’être moderne. On parle de modernité à tout va, on a parlé d’une version moderne de Marie-Antoinette par Coppola, peut-on ici parler de modernité ? La mise en scène est définitivement originale. Elle l’est tellement que pendant les dix premières minutes du film, vous êtes un peu interloqués, vous ne comprenez pas trop ce qui passe ni dans le fond ni dans la forme de la narration. Et puis petit à petit les choses se mettent en place et tout s’éclaire. Je reprocherais à ce début d’être trop confus. 

Une œuvre littéraire au cinéma 

Cette fois-ci, cependant, et c’est peut-être plus clair pour qui a lu le livre, je ne peux attester de la fidélité ou juger de l’adaptation par rapport à l’œuvre littéraire de Léon Tolstoï puisque je viens à peine de commencer les quelques pages de cet énorme pavé. Le film a peut-être déjà le mérite d’avoir su condenser l’œuvre très longue en - à peine - deux heures. D’aucuns ont trouvé certaines longueurs dans le film. Personnellement, je ne me suis pas ennuyée une seconde ayant au contraire trouvé le rythme soutenu et captivant comme toujours cadencé par une musique au piano (on retrouve ce repère) néanmoins se distinguant bien des autres compositions entêtantes d’Orgueil et Préjugés ou du piano martelé d’une machine à écrire dans Reviens-moi. En somme, une jolie musique au piano qui sait s’imposer dans les moments terribles et se faire discrète aux bons moments. 

Bande Annonce VOST

Un couple original : théâtre in cinéma 

Lorsque les dix premières minutes passent et que vous avez finalement réussi à entrer dans l’histoire, vous la suivez d’un œil parce que la bande annonce vous a déjà expliqué les grandes lignes (une liaison qui détruit un mariage, en gros. Je vous laisse vous reporter au synopsis ici) et vous commencez à analyser de l’autre œil comment elle est racontée (défaut de vouloir toujours tout observer et analyser ? peut-être.), comme elle s’offre à vous. Tout ou presque se passe dans un théâtre. En réalité, ce qui est vraiment moderne dans ce film c’est qu’il n’est pas que film, il est aussi pièce de théâtre. Les scènes filmées sont extrêmement théâtralisées comme celles où tous les personnages s’immobilisent comme dans une peinture ou une scène de théâtre figée. 

Alors que le cinéma est (trop ?) souvent synonyme de mouvement, ici la pause permet de prendre son temps pour réfléchir, de mieux apprécier la joie ou le drame. Les expressions sont parfois sur-jouées et les personnages seraient presque plus proches de nous, parce qu’ils sont sur une scène en bois où le parquet craque. Les personnages sont seuls sur scène face à leur désarroi (l’enfant abandonné par sa mère dans son lit qui doit soudain le quitter le jour de son anniversaire car le père est entré et que les parents divorcés ne font plus bon ménage). Le théâtre sert de prétexte à mettre en scène le quai d’une gare d’ordinaire animé ici figé pour laisser avancer le personnage perdu au milieu de tous, ou l’opéra en lui-même que les personnages viennent assister mais où Anna Karénine est mise en disgrâce et recouverte de honte par les regards désapprobateurs de ses anciens « amis » de la société mondaine parce que la société c’est se recouvrir d’un masque et d’hypocrisie mais qu’ici, Anna se présente vraiment nue et à découvert avec audace et courage. L’espace où d’ordinaire se trouvent les sièges pour assister au théâtre sont enlevés ce qui laisse place à un espace vide pour le bal ou pour le simple transit des personnages qui se croisent comme dans le quotidien, car comme le disait si bien Jean-Paul Sartre, « la vie, c’est une panique dans un théâtre en feu ».


Le théâtre (le bâtiment) devient la maison où se croisent les amants en même temps qu’il est le bureau du frère d’Anna le comte Oblonsky, mais aussi le restaurant où dinent le frère et Lévine, l’amoureux transi de Kitty, celle qui était censé épouser l’amant qu’Anna lui a « volé ». Je vous l’avais dit que c’était compliqué.. et ce n’est pas faute d’essayer de rendre ça simple ! Les décors se transforment en même temps que les personnages évoluent. Les coulisses du théâtre où s’entremêlent les cordes servent de rue où vagabondent la classe sociale la plus basse, alors même qu’elle se trouve pourtant en hauteur par rapport aux salons nobles. Le théâtre devient une patinoire glacée et en même temps un hippodrome. Le théâtre est protéiforme et polymorphe. Il est pluriel et c'est dans cette capacité de se transformer que la scène devient d'autant plus magnifique. 

La théâtralité et la modernité continuent dans les robes de taffetas vert anis et prune aux formes peu inhabituelles (ou était-ce vraiment la mode à la russe de l’époque ?) et le ballet des vêtements qu’on enfile tout en lisant un télégramme ou tout en recevant un ami nous fait autant tournoyer la tête que les passions et les souffrances dans lesquelles se déchaînent les personnages. Le froid glacial de Russie est tellement sur-représenté qu’on en ressent des frissons dans la salle chauffée du cinéma et le train-jouet se transforme en vrai train qui pourtant, et c’est clairement (fait exprès ?) visible, ressemble à une maquette. Cela m’a semblé incongru. 



Des couples opposés : Kitty et Constantin / Anna et Vronsky 

Mais permettez-moi de revenir un instant sur l’histoire et de ne pas être réductrice au point de parler seulement d’une histoire de trahison. Il s’agit en réalité bien plus que cela de plusieurs histoires d’amours imbriqués qui remettent en question les mœurs et les valeurs morales de la société russe et plus précisément de la noblesse et de l’intelligentsia que Tolstoï critique, sous l’Empire russe dans la seconde moitié du XIXème siècle. Dans le film, plusieurs thèmes très importants sont rapidement abordés et sous-jacent à l’histoire principale : la religion, la mondanité, l’exubérance de la richesse, le faste et l’importance de l’apparence face au mode de vie des simples paysans-esclaves, la liberté, les divisions entre classes sociales… On décèle un manque de possibilité de les exploiter à cause du temps réduit de la pellicule ; on suppose que dans le livre ils sont davantage détaillés et de ce fait le film donne encore plus envie de lire l’œuvre. 

Les scènes les plus marquantes sont celles où ces thèmes sont abordés : lorsque le mari tente de retenir sa femme de le tromper car « ce serait tromper Dieu » et d’éviter un scandale public par peur du regard de la société mondaine. Lorsqu’en faisant l’amour et en ayant un orgasme avec son amant, Anna Karénine s’exclame « Pardonnez-moi mon Seigneur ». Lorsque Constantin Lévine, un propriétaire terrien, souhaite pourtant faucher le blé doré avec ses paysans et qu’il aspire à une vie plus simple et heureuse comme les paysans qu’il observe au diner, qui sont certes pauvres et qui ne sont pas libres mais qui sont heureux en amour et en couple, il devient dès lors le porte parole de Tolstoï qui luttait pour les pauvres et contre les privilèges. Cela transparaît dans le discours du frère malade de Constantin qui s’est marié à une prostituée et qui traite son frère de capitaliste juste parce qu’il porte un haut de forme et parle de manière distinguée pour séduire Kitty qu’il aime éperdument. En effet, il aspire à une vie à la campagne loin de Moscou et de ses ridicules mondanités mais souhaite épouser Kitty, une jeune princesse qui vient de ce monde. Lorsqu’elle lui prouve qu’elle peut dépasser les frontières sociales en côtoyant la femme prostituée et en l’aidant à s’occuper de son frère mourant, Constantin s’émerveille de ce que leur couple est fort et beau. 

Difficile d'être soi-même quand on vit dans une société du paraître


Parallèlement, l’autre couple des amants Anna Karénine et Vronsky déchire la famille Karénine (un haut fonctionnaire qui voit son projet politique abandonné en même temps que sa vie maritale chuter). La vie devient dégringolade, la vie est panique. On se doute de la fin grâce aux nombreux indices essaimés dans le film mais ce n’est pas ce suspens là qui importe vraiment. C’est plutôt comment on en arrive à cette fin là qui est intéressant. Et puis finalement, on a toujours tendance à se demander « et si c’était moi qui était dans cette situation, qu’aurais-je pu faire de différent ? Comment aurais-je réagi ? » On se trouve bien en peine de répondre. On a tendance à pencher du côté de l’auteur… oui c’est vrai qu’une vie simple finalement c’est mieux que tout ce luxe dérisoire… C’est un peu facile mais cela vaut la peine de se faire la réflexion. Ne serait-ce que sur l’évolution du regard de la société sur l’adultère, sur la valeur du mariage actuellement, sur la force ou non de pardonner charitablement et sur le train de vie que l’on peut avoir. Je pense que l’œuvre tolstoïenne regorge de réflexions profondes qu’il nous faut méditer et que Joe Wright a particulièrement bien essayé de mettre en exergue. 

J’aimerais faire une remarque pertinente qui m’a été inspirée par une amie. Kitty choisit finalement l’amour-raison envers Constantin puisqu’elle n’a pas pu avoir Vronsky qu’elle voulait par amour-passion. Anna avait choisi l’amour-raison quand elle s’était aussi mariée à 18 ans à Karénine mais après avoir résisté pendant de longues années, elle cède finalement à son amour-passion envers Vronsky. Comme le dit très bien ce dernier, l’amour-passion mène « soit au plus grand bonheur soit au plus grand malheur ». Certes, l’amour-raison est rassurant mais il est ennuyant alors que l’amour-passion est destructeur mais exaltant. Dès lors, quel choix faire ? Tour à tour les personnages choisissent puis changent alors que la vie mène son cours et que les choix sillonnent leurs parcours. Mais cet amour-raison n’est-il pas finalement aussi destructeur puisque Kitty ne finira-t-elle pas elle aussi par se lasser, et succomber à un autre amour-passion pour compenser sa frustration ? Le cercle semble vicieux si l’on ne fait pas les bons choix aux bons moments, mais comment savoir… 

Casting 

Keira Knightley continue d’exprimer à souhait le rôle de femme dramatique, d’anti-héroïne tragique racinienne. Cependant je lui reprocherai de ne pas renouveler ses mimiques, son jeu selon les différents personnages. Elle frise toujours une limite à ne pas dépasser mais elle remplit son rôle après tout si bien, qu’on a tendance à oublier que c’est toujours le même, dans tout ses films. Même dans A dangerous Method de David Cronenberg, elle joue une folle déchaînée dans son infatuation envers son psychanalyste. Je soulignerai la remarquable prestation de Jude Law en Karénine, mari humilié mais prêt au pardon, ferme et sérieux, solide et intransigeant mais déchiré et aussi remarquable maquillage puisque je ne l’ai reconnu qu’au bout d’1h30 de film (ou alors, c’est moi qui n’ait aucune capacité de reconnaissance faciale ?). Je noterai enfin la présence de Matthew MacFadyen (également méconnaissable !) qui joue ici le frère d’Anna mais qui était déjà son amant, le célèbre Darcy, dans Orgueil et Préjugés. 



En conclusion, à part quelques scènes franchement absurdes, inappropriées et inutiles (comme celle où un personnage se mouche de manière dégueulasse après que Kitty et Constantin se soient déclarés leur amour de manière émouvante à travers des lettres en bois - les anciens textos : et oui à l’époque aussi ils trouvaient ça plus facile à l’écrit - ou celle dans laquelle Constantin dit avoir eu une révélation à sa femme qui insiste « qu’est-ce que tu as compris ? » mais finalement il ne dit rien… peut-être tout était dans le regard et j’ai mal compris), le film se démarquera dans mon esprit pendant longtemps comme étant franchement original, beau, déchirant et très bien réalisé ce qui n’aurait pas pu faire mieux honneur à l’œuvre tolstoïenne. 

Alors, tous à vos écrans et pour le coup, tous à vos livres!

mercredi 19 décembre 2012

L'Homme qui voulait vivre sa vie


Sorti le 3 novembre 2010
D'Eric Lartigau
Avec Romain Duris, Marina Foïs
Genre: Thriller, Drame
Français












Y a beaucoup trop de "pourquoi" et pas assez de "parce que" (Chanson Jour de Doute de Grand Corps Malade)



        Sauf qu’ici, il n’y a pas de parce que et c’est tout. Ce n’est pas un problème car les réponses n’importent pas. On s’en fiche au fond de savoir pourquoi. Le suspens nous tenaille, les interrogations persistent et c’est ce qui nous maintient dans la poursuite d’un objectif. C’est ce qui nous maintient en vie. Comme lorsqu’un désir est plus passionnant que son assouvissement. Comme lorsque le temps de la séduction est plus distrayant que celui de l’obtention. Les mots ne posent pas les questions car il y a peu de dialogue. Les images donnent les réponses parfois en totalité parfois en partie parfois pas du tout. Un regard dans un rétroviseur ou deux visages qui regardent droit devant puis se tournent l’un en face de l’autre. Tout est dans le regard et l’expression des belles formes d’un visage que l’on capture. L’instant précis compte. Celui que l’on vit maintenant, assis au bord de l’eau, au bord de la vie, au bord de la mort, dans l’attente de partir, de bouger, de mourir. La musique convient parfaitement à cette ambiance inquiétante mais sereine, déprimante mais reposante. Elle nous berce, nous envahit, nous percute. Comme les images qui nous choquent tant par leur dureté que par leur douceur la seconde d’après. Les plans s’enchaînent, se ressemblent dans leur unicité. L’atmosphère parvient à rester la même du début à la fin et malgré la lenteur des mouvements, on ne s’ennuie pas. A la fin, on a oublié le début d’une vie dans un autre monde. Celui de l’oppression où les faux semblants et la superficialité abondaient. Il y a eu cette rupture linéaire, celle de la route, de la longue route. Des larmes à l’intérieur d’un corps contenu qui finalement explosera comme un voilier au large d’une île rocailleuse et déserte comme l’âme, dans la lueur incandescente d’un paysage noirci par la mer, la nuit et le ciel. Et Dieu qui essaye de traverser les cieux pour venir jusqu’à nous mais qu’y n’y arrive pas, ou que partiellement. Les flashs ininterrompus en boucle dans notre tête ivre et floue. Ça tourne, ça tourne, ça tourne, encore et encore. Ça tourne pas rond mais ça tourne. Jusqu’à finalement se lâcher dans les profondeurs abyssales de l’inconnu. L’inconnu de ce que va être un avenir caché. On agit vite car l’on est paniqué et on ne pense qu’au futur proche mais bientôt il sera devenu passé et on se sait pas quelle est la suite car elle est impossible à imaginer. Impossibilité de revenir en arrière mais d’aller de l’avant. On se trouve dans une zone de transition sans fluctuation, sans transition possible. On se trouve dans un no man’s land. Il faut « partir et vivre ou rester et mourir ». Mais ici, c’est rester et mourir ou partir et mourir. Survivre dans la fuite éternelle d’un acte qui ne nous ressemble pas, accidentel. Fuir notre misérable condition. Fuir l’affrontement. Et pourtant combien de courage pour affronter la solitude et les contorsions corporelles qui brûlent en nous ! Impossibilité d’être reconnu pour un travail artistique dans lequel on a mis nos tripes et notre cœur. Tous ces sentiments en nous qui font mal. Toute cette émotion de voir afficher notre souffrance encadrée de noir sur des murs si blancs, dans une salle qui nous ait réservée. Une mise en abîme d’un travail photographique sublime dans un autre travail photo-cinématographique superbe. Une mise en abîme du travail de l’artiste qui souffre et qui trouve son refuge dans le déclic, dans l’observation des autres, dans le contact avec la beauté, dans l’art. 



          Le destin et le parcours d’un homme qui voulait vivre sa vie, mais ce n’était juste pas celle que la société avait décidé pour lui, ce n’était juste pas celle à laquelle on s’attendait, ce n’était juste pas celle en laquelle il croyait. L’homme qui voulait se lancer dans l’aventure, qui hésitait, qui n’y arrivait pas vraiment, qui n’osait peut-être pas. Il a du faire des sacrifices mais s’est finalement épanoui dans le martyr. Un homme déchiré et un portrait psychologique bouleversant sur fond de thème philosophique concernant la conscience morale et la conscience de soi, sur la confusion de l’identité. Voler celle d’un autre pour se trouver ? Ne pas se réaliser sans autrui ? L’homme libre est-il forcément et toujours seul ? Prendre la place d’un autre et se laisser mourir. Mentir à tous à commencer par soi-même. Ne plus être soi même mais ne pas vraiment être un autre qui a finalement disparu lui aussi. De l’action brute et âpre, des moments poignants et des souvenirs cinglants. Des souvenirs qui hantent puis qui partent en fumée dans la rondeur du soleil couchant. Mais la fumée laisse des traces dans les poumons. Les cendres finissent toujours par retomber et s’éparpiller en mille morceaux de miroir brisé dans le corps stigmatisé. On n’accepte plus notre propre image alors on cherche celle des autres. On décrit, on peint, on devine, on découvre des portraits car on se cherche en eux, on cherche notre véritable reflet dans le mélange des mensonges. On essaye de se laver de ses pêchés, de se purifier, de se plonger dans l’oubli mais l’on n’y parvient.



             Ici les raisons ne sont pas importantes car ce sont les passions et les douleurs qui l’emportent, car ce sont les images et les sons, les impressions et les chocs, les pensées philosophiques qui émergent au dessus de l’horizon océanique. J’aurais d’ailleurs aimé vous expliquer tout cela sans dire « car », sans vous donner de raison avec des mots mais je n’ai pas le génie d’un cinéaste pour le transmettre seulement grâce à un film, grâce à des techniques de réalisation cinématographique subtiles, grâce au pouvoir des images. Je n’ai pas pleuré car tout est en retenu dans ce film, j’aurais pu mais la contenance a été plus forte. Tout est en retenu sauf sa beauté. A voir de vos propres yeux, à frissonner de vos propres peaux, à expérimenter de vos propres chairs, à sentir de vos propres cœurs. Quant à moi, je m’empresse de partir, le plus loin possible, de tout quitter, en solitaire et d’aller photographier de lointaines contrées qui n’attendent que moi et mon objectif (à moins que ce ne soit celui-là mon objectif), ou mon carnet et ma plume…


Bande annonce 

Alors, tous à vos écrans!